 |
Ce que nous désirons, c’est découvrir, connaître par nos yeux, notre appréhension. Durant toute cette année, où nous avons réfléchi à ce voyage, tout nous attire vers les Balkans, nous avons rencontré, chacune de notre côté, souvent par pur hasard, des gens qui en venaient, et qui avaient des histoires à nous raconter sur le sujet. Et là, cela vient de tomber, une nouvelle indépendance dans les Balkans ! Le Kosovo est une république ! De Bruxelles, nous avons pu suivre cette nouvelle, voir des gens sortir et aller manifester devant nos si européennes institutions, revendiquer un nouveau statut pour le pays, demander qu’on reconsidère la région… Notre projet, notre envie, est donc de plein pied dans l’actualité, dans les questions qui soulèvent notre Europe animée par des désirs contradictoires : l’élargissement ? Oui, mais à quel prix ? Qu’a-t-on à y gagner ? Ces questions, bureaucratiques, économiques, politiques et même géopolitiques, nous nous les posons aussi. Notre voyage est destiné à connaître. On ne comprend que ce que l’on connaît, on n’accepte que ce que l’on connaît, on ne s’ouvre qu’à ce que l’on connaît. Sans arrière pensée, sans à priori. Rencontrer un peuple, des cultures.
|
| |
Avec ce voyage lent à travers les Balkans, notre idée est de prendre notre temps. Prendre notre temps pour rencontrer chaque pays, chaque culture, reconnaître son identité. Et réfléchir, réfléchir à cette question d’identité(s) qui a façonné la région, jusqu’à la rendre déchirée, infréquentable pour nous, Européens d’au dessus. Une mosaïque de cultures ou un carrefour culturel, où depuis des siècles se mêlent Chrétiens, Orthodoxes, Musulmans, Ottomans, Slaves, Serbes, Croates, Bosniaques… Aller à la rencontre, c’est découvrir des individus, au gré de notre passage et tisser des liens, recueillir des témoignages qui nous racontent l’histoire, les traditions, la culture du pays, ses tourments et ses espoirs… Ces rencontres culturelles à tous égards nous aideront à comprendre le rapport complexe entretenu par l’Europe (l’Union) avec les Balkans : si proches, et si éloignés à la fois… Nos rencontres, les paysages, la culture, la musique des Balkans nous accompagneront tout au long du voyage. Ils nous aideront à construire le témoignage de ce périple, ce que nous ramènerons avec nous. Ce témoignage prendra la forme d’un film documentaire que nous voulons ensuite diffuser autour de nous, auprès de jeunes, d’étudiants et plus largement dans notre région, notre pays et en Europe. D’où vient cette envie ? Nous sommes deux amies soudées par une envie commune de découvrir d’autres cultures tout en nous découvrant nous-mêmes. Nous voulons produire cette « œuvre » -modeste, mais concrète- comme nouvelle étape à nos apprentissages théoriques. Oui, nous avons voyagé auparavant, mais ce voyage ci est spécial, car il doit donner lieu à une production artistique, un témoignage de notre passage par ces routes : ce documentaire sera la finalisation de ce projet. Nous entendons dépasser nos limites, éprouver notre capacité à remplir chaque jour que durera notre voyage, de sens et de rencontres. Cette œuvre sera non seulement le témoignage d’une expérience mais la concrétisation de volontés et d’ambitions conjointes. Nous voulons, en effet, mener toutes deux ce voyage et ce projet en tant qu’initiation. Nous désirons, à la suite de nos études, nous lancer dans le reportage, l’investigation journalistique. Les réalisateurs et journalistes que nous avons rencontrés nous ont affirmé que nous ne pourrions jamais mieux apprendre que livrées à nous-mêmes, face à nous-mêmes et à nos difficultés, livrées à nos doutes et nos envies. Nous avons alors compris que construire ce premier projet de film s’imposait. L’idée d’un film de voyage, de « périple », n’est également pas venue par hasard. Nous aimons voyager : en France, en Europe et au-delà de ses frontières. Autour de notre réflexion, l’idée de frontière sera présente. Emma vient d’une île, espace cloisonné où la frontière est naturelle. Mais ici, en Europe, les frontières sont devenues symboliques. Nous sommes nées dans une Europe unie : aller en Angleterre, en Grèce, même aujourd’hui en Slovaquie, en Roumanie est devenu aussi facile que voyager dans notre propre pays, et même parfois moins cher ! Nous sommes chaque jour tentés par ces destinations « faciles » qui, après tout, symboliquement, ne sont plus devenues que le prolongement de notre « chez nous ». Cette image, sans doute simpliste, est réelle, il n’y a plus d’entraves à nos mouvements, nul blocage physique ou psychologique au passage de ces frontières, nul traumatisme à la douane, nul besoin de se justifier, nul besoin de visa, juste l’envie d’aller vers l’autre… Mais à l’extérieur de notre « frontière invisible », de cet abri si protecteur, les choses ne sont pas les mêmes… Nous l’avons vu avec l’exemple du Kosovo, la frontière peut devenir une barrière pour se protéger de l’autre, qu’il soit malfaisant, ou simplement parce qu’on n’a pas envie de le voir, d’être en contact avec lui… Et si nous, Européens, ne nous protégions nous pas derrière notre grand espace, notre grande Union ? Oui, nous intégrons, mais pourquoi ? A quel prix ? Oui, nous vivons un espace de paix, de tolérance, de liberté, mais n’est-il pas réservé à ceux qui arrivent à avoir grâce à nos yeux ? Ne nous fait-il pas oublier qu’à quelques encablures de là, d’autres se déchirent encore pour une région, un territoire, un lopin de terre ; parce que la religion du voisin, qui a par ailleurs, toujours été là, n’est pas la même que la leur ? Notre projet en quelques mots A travers notre regard, les images et les rencontres qui illustrent notre parcours, nous voulons construire un film « carnet de voyage ». Celui-ci, s’il nous est personnel et guidé par nos envies du moment, aura aussi vocation à faire découvrir au public le plus élargi possible, une culture, une région souvent traitée en négatif, oubliée, méconnue…
|